
Empreinte de feuille de chêne avec petite couronne fixée au centre, étain, guerre de 1914-1918, artisanat de tranchée. Acheté sur le Net, 2024. Coll. MdB.

Empreinte de feuille de chêne avec petite couronne fixée au centre, étain, guerre de 1914-1918, artisanat de tranchée. Acheté sur le Net, 2024. Coll. MdB.
Le Musée du Bricolage est un musée sans murs qui se manifeste par le présent site et par des expositions temporaires.
Je relis la page d’accueil du Musée du Bricolage ; je n’avais pas remarqué immédiatement que tu avais utilisé le terme « singularia ». C’est très intéressant car en mathématique, la singularité c’est le moment où une équation cesse de se comporter normalement : un objet qui perd ses propriétés régulières et n’est plus défini. C’est quand l’équation devient infinie, indéfinie ou qu’elle explose : les équations connues ne fonctionnent plus.
Ensuite, le terme à été utilisé en physique quand on a commencé à modéliser des phénomènes extrêmes. C’est le moment où les lois connues cessent de s’appliquer. C’est quand la densité ou la courbure devient infinie, quand le volume devient nul.
C’est Roger Penrose qui a démontré mathématiquement en 1965 qu’une singularité devait nécessairement apparaître lors de l’effondrement gravitationnel d’une étoile massive (théorème sur les singularités). Stephen Hawking a ensuite généralisé ces résultats avec Penrose dans les années suivantes. Ils ont montré que dans certaines conditions l’apparition d’une singularité est inévitable. C’est de cette manière que le terme singularité est entré dans le vocabulaire de l’astrophysique pour désigner le centre d’un trou noir : un point où la densité et la courbure de l’espace-temps deviennent infinies, et où notre compréhension actuelle de la physique s’arrête.
Sur terre, ce qui est « singulier », c’est un caractère unique, imprévisible et non modélisable à l’avance selon des standards existants. La singularité désigne un moment d’apparition de l’inédit à l’intérieur des lois connues. Quelque chose qui n’existait pas avant et qui modifie rétroactivement notre perception de ce qui était possible : quelque chose d’imprévisible qui apparaît et qui n’aurait pas pu être déduit des pratiques antérieures tout en sachant par avance que c’est possible que l’inattendu se produise.
L’originalité renvoie à un commencement, une genèse, alors que la singularité est un devenir inconnu, quelque chose que l’on ignore encore, un potentiel. C’est un peu comme la théorie du cygne noir de Taleb sur les événement rares, à la différence que l’on sait que quelque chose d’inattendu peut se produire, sans savoir quoi exactement mais quelque chose « qui est seul de son espèce » et qui n’a pas d’équivalent. C’est l’anticipation de l’imprévisible. La curiosité c’est l’attraction vers quelque chose que l’on ne connaît pas soi-même mais qui existe déjà et qu’on découvre par exploration. C’est un inconnu pour soi, alors que la singularité, personne ne sait ce que c’est dans l’absolu, ou pas sous cette forme, c’est un surgissement.
L’histoire de l’art collectionne des objets qui gardent une forme de fraîcheur même longtemps après leur création : ils portent encore la trace de ce moment où ils n’existaient pas encore et quand quelque chose d’inattendu a émergé, un écart par rapport à ce qu’on attendait. Aujourd’hui, beaucoup de choses qui auraient été perçues auparavant comme étranges ou nouvelles sont absorbées dans le flux. On a l’impression que la capacité à être surpris s’est émoussée en partie parce que tout circule trop vite et que les catégories sont déjà très larges. Ce qui reste vraiment surprenant tend à être soit très discret, comme un petit objet ingénieux, soit extrême comme le climat ou la technologie.
On parle aujourd’hui de singularité technologique car c’est un concept spéculatif et métaphorique qui désigne un moment futur où l’intelligence artificielle, par exemple, dépasserait l’intelligence humaine de façon rapide et profonde. Un moment où l’on arriverait plus à la comprendre ni à la contrôler. C’est un futur hypothétique où l’histoire humaine elle-même deviendrait imprévisible. Si on pouvait la décrire à l’avance, ce ne serait plus de la singularité au sens d’un surgissement imprévisible.
Pour revenir à l’art et à la physique, il y a ce morceau d’Arpanet sur l’horizon des événements, sorti en 2006, sur l’album Inertial Frame. L’horizon des événements, c’est la frontière de non-retour d’un trou noir. En son centre se trouve la singularité, un point théorique où la matière est écrasée à l’infini. Arpanet, c’est l’un des nombreux projets de Gerald Donald, un américain de Détroit expatrié en Allemagne et une figure influente de la musique électronique conceptuelle. Il compose sur des thèmes techno-scientifiques et abstraits des sonorités d’une froideur émotionnelle radicale et vibrante. Les lyrics d’Event Horizon disent « particles come near … and disappear » et celles de Zero Volume, sur le même album, répètent infiniment « Singularity… singularity… » :
https ://www.youtube.com/watch?v=aLPJuW7L0x0
https ://www.youtube.com/watch?v=sq3soraEjO8&t=76s
Dans ta collection de bricolages singuliers, l’inattendu n’a pas besoin d’être spectaculaire ou noble comme l’art habituel. Il peut surgir d’un objet banal, d’une association improbable, ou même d’une série d’objets qui, mis ensemble, finissent par créer quelque chose qu’on n’aurait pas pu anticiper. Une série peut être singulière car l’unicité matérielle d’un objet n’est pas forcément un critère décisif, une série peut produire un effet de singularité si elle crée un système inattendu, même s’il est reproductible en théorie.
Angèle Laissue

Réservoir d’aspirateur d’atelier sur roulettes, couvercle bois, atelier de Cécile Bart, juillet 2026. Coll. CB.

Fanion de la résistance, seconde guerre mondiale, coton fin et cordelette. Acheté sur le ebay, 14 février 2026. Coll. JMC.
Casques peints de la première guerre mondiale, Gettysburg Museum of History
Vidéo présentée par Erik L. Dorr, conservateur du musée.







68 cartes postales anciennes annotées, dans un album cartonné relié imitation cuir et papier à la cuve. Coll. ChCC.















Il met l’accent sur des objets originaux, des singularia, des pièces uniques qui ne ressortissent pas à la mise en œuvre de fiches techniques pour assemblages radioguidés par les magasins, manuels et revues de bricolage.
Il explore un domaine situé entre les arts et traditions populaires et l’art brut. Il atteste de la longévité de pratiques populaires selon lesquelles on fait par soi-même et avec les moyens du bord.
Si certains domaines en ont déjà été balisés – perruques, militaria, religiosa –, et tout en reconnaissant leur spécificité, le musée entend embrasser le bricolage d’un point de vue comparatiste, au-delà des déterminations historique, culturelle, de classe ou de genre.
Le musée du Bricolage a d’abord eu ses Monsieur Jourdain qui, par goût et intuition, ont acquis quelques objets, fruits de rencontres et du hasard, objets qui allaient figurer chez eux, sur quelque étagère, à titre de curiosa. Des rencontres, des discussions ont conduit à en préciser l’horizon. Flair aiguisé et attention flottante ont fait le reste. Des acquisitions délibérées ont suivi. Non sans peine, car aucun mot à entrer dans un moteur de recherche ne permet d’explorer ces territoires non identifiés, quasi absents des sites de brocante ou des vide-greniers. D’autre amateurs avaient cependant exploré certains secteurs, voire publié des livres (artisanat des tranchées, sorties d’usine, etc.). A émergé en premier lieu de cet ensemble un musée virtuel, réunion spirituelle de ces collections et de ces recherches. Ainsi est née l’idée d’un musée du Bricolage.
Ce musée sans murs se concrétisera d’abord par des expositions temporaires. La première aura lieu cet été 2025, à Sauzet, dans le Gard.
Sémiotique. Nous n’avons pas de définition binaire du bricolage. (Serait bricolage par exemple ce qui n’est ni artisanat, ni art brut.) Nous mettons au rang des objets et des démarches qui nous intéressent un type, celui des singularia, duquel les productions rassemblées se rapprochent plus ou moins. Un peu comme un oiseau est ce qui se rapproche plus ou moins de l’hirondelle ; le moineau en étant proche et la chauve-souris très éloignée. Notre entreprise repose donc sur une sémiotique pragmatique non saussurienne. Nous appelons bricolage ce que nous mettons intuitivement autour de ce noyau de singularia rassemblées dans nos miscellanea. Nous mettons ainsi dans ce noyau des objets comme le moulin de Léonard Besson ou le petit vélo en noisetier trouvé à Emmaüs, dont nous sommes sûrs qu’ils n’ont aucun équivalent.
Artisanat. Les lignes de fuites existent. La boîte qui relève du Tramp Art n’en a pas moins été bricolée à la maison à temps perdu, même si elle appartient à une forme d’artisanat identifiée. Certains objets classés chez les brocanteurs comme « artisanat de tranchée » sortent du lot des sempiternels fûts d’obus martelés, comme cette grenade-œuf allemande sur fer à cheval. Au départ de certaines séries, même touristiques, tel ce Christ sur Croix de coquillages, il y a bien eu une trouvaille qui ensuite a été reprise.
Bien fait / mal fait. C’est parfois l’œil qui décide et apprécie la simplicité d’une énième voiture en bois à valoir comme jouet et la distingue du lot. Cette simplicité qui nous touche vaut autant mais pas plus que le tour de force technique ; le « mal fait » du moulin low-fi est sur le même plan que la précision vertigineuse à l’œuvre dans l’insigne de parachutiste dessiné à l’aide de clous et de fils de couleur.
Le différent. Les généralités sur le bricolage ne nous intéressent pas. C’est pourquoi, à titre ironique nous avons dressé un monument, une pile de manuels de bricolage. Nous n’en lirons pas une seule ligne ! Notre intérêt se porte chaque fois sur des créations singulières. Nous sommes attentifs à chaque objet, à chaque démarche. Nous accumulons pièce à pièce et non en gros. Nous laissons aux sociologues le soin de proférer des vérités douteuses, type : « le bricolage est l’univers des hommes, les femmes excellent davantage dans le textile » (sic). Ces analyses sont des self-fullfilling-prophecy qui écartent des découvertes et assèchent l’attention.
Autorité. Un certain nombre de nos objets provient du commerce d’occasion, boutiques ou internet. D’autres, cependant, peuvent être attribués à des auteurs identifiés. L’idéal serait sans doute de pouvoir à ce sujet dresser des portraits, voire transcrire des récits de vie. On trouvera ici a minima quelques ensembles dont nous pouvons nommer les auteurs et en dire quelques mots.
Curiosité. L’attention portée à des objets qui détonnent de l‘ordinaire, modestes, souvent, peu repérés, ne provient pas d’un savoir universitaire constitué (histoire de l’art, sociologie, ethnographie, etc.) fut-il revivifié par de nouvelles approches (cultural studies, gender studies, postcolonial studies). C’est l’amateur qui agit ici, le curieux, le fouineur, le petit collectionneur. Il est sensible à ce qui fait tache, à ce qui cloche dans l’ordre des choses usuelles. Il déniche intuitivement. Le coup d’œil aux étals est rapide, et il peut en survoler des centaines de mètres sans juger bon de s’arrêter ; il ne cherche pas ce qu’il connaît mais ce qu’il n’a jamais vu.
Algorithme. La recherche sur internet est une lutte sans merci contre les algorithmes. Tapez « bricolage ». Vous ne trouverez rien de ce qui nous intéresse.
Culture populaire. Faire par soi-même avec les moyens du bord a pu se conjuguer successivement à plusieurs époques plus ou moins récentes. L’ouvrier de l’entre-deux guerres conservait des liens avec la campagne. L’entretien et la réparation dans la ferme, le rapiéçage des vêtements, ou bien tel savoir-faire traditionnel (la vannerie, la sculpture sur bois, etc.) se retrouvent dans le coin du modeste atelier de la maison de la cité ouvrière. Mais ce qui se transmet est peut-être moins des savoir-faire précis qu’un reflexe, celui de la débrouille, et du fare da se.
Pour le Musée du Bricolage
ChB






























Artiste autodidacte, collectionneur, né à Ryazan en 1961, vit à Moscou.
Sa collection est riche d’un millier de pièces. Certaines ont été exposées en Russie, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre.
Publications :
Nous évitons le terme « créateur », très connoté. Tous le monde est certes créateur, comme a dit l’autre ! mais une telle pétition repose sur une surévaluation de l’art et des artistes. (Sous la houlette de Joseph Beuys en gourou de service.) Nous entendons reconnaître les bricoleurs-euses sans avoir besoin de les comparer à une instance en surplomb.
(navigation)
On peut, grâce aux menus déroulants de la colonne latérale, rechercher des objets par catégories :
On peut aussi faire des recherches par auteur-e (Factor) ou, pour les anonymes, par collection (Inventio & Collectio).
Certains bricoleurs, et certains collectionneurs (découvreurs) bénéficient en outre d’une courte biographie.
Le Salon des refusés renvoie à des objets qui ont été écartés.

























(Liens vers leur site)
(Cliquer sur l’image)
Sont les deux mamelles des singularia du Musée du Bricolage.
NB : Seuls les objets et documents anonymes sont listés dans Inventio & Collectio. Pour les objets dont l’auteur-e est identifié-e, voir le menu latéral Factores.
« Inventio » est pris ici au sens de « découverte ». (C’est le sens que le mot avait au Haut-Moyen-Âge quand, en découvrant quelques ossements, on les attribuait à tel ou tel saint. « L’invention » des reliques, se disait alors sans sous-entendre comme nous le ferions aujourd’hui que Se non è vero è ben trovato.)
Avant de reconnaître des Factores (auteurs et autrices) de singularia, il faut les découvrir : les repérer dans son entourage, en dénicher les réalisations sur les étals des brocantes, des vide-greniers, à Emmaüs, à la Braderie du Secours populaire, à celle de Lille, dans quelque recyclerie, ou encore en naviguant patiemment sur le Net.
Le collectionneur collectionne et, ce faisant, sauvegarde ; le collectionneur privé précèdant le plus souvent l’institution muséale dans cette tâche.
Collectionner va aussi parfois jusqu’à inventer un nouveau domaine de collection, un domaine qui n’existait pas avant comme tel. Le collectionneur, en tant que connaisseur, a un rôle intellectuel qui précède alors les études universitaires sur le sujet en question.
Collectionner ce peut donc être aussi « inventer l’avoir » :
ChB


Il met l’accent sur des objets originaux, des singularia, des pièces uniques qui ne ressortissent pas à la mise en œuvre de fiches techniques pour assemblages radioguidés par les magasins, manuels et revues de bricolage.
Il explore un domaine situé entre les arts et traditions populaires et l’art brut. il atteste de la longévité de pratiques populaires selon lesquelles on fait par soi-même et avec les moyens du bord.
Si certains domaines en ont déjà été balisés – perruques, militaria, religiosa –, et tout en reconnaissant leur spécificité, le musée entend embrasser le bricolage d’un point de vue comparatiste, au-delà des déterminations historiques, culturelles, de classe ou de genre.
Le musée du bricolage a d’abord eu ses Monsieur Jourdain qui, par goût et intuition, ont acquis quelques objets, fruits de rencontres et du hasard, objets qui allaient figurer chez eux, sur quelque étagère, à titre de curiosa. Des rencontres, des discussions ont conduit à en préciser l’horizon. Flair aiguisé et attention flottante ont fait le reste. Des acquisitions délibérées ont suivi. Non sans peine, car aucun mot à entrer dans un moteur de recherche ne permet d’explorer ces territoires non identifiés, quasi absents des sites de brocante ou des vide-greniers. D’autre amateurs avaient cependant exploré certains secteurs, voire publié des livres (artisanat des tranchées, sorties d’usine, etc.). A émergé en premier lieu de cet ensemble un musée virtuel, réunion spirituelle de ces collections et de ces recherches. Ainsi est née l’idée d’un musée du bricolage.
Ce musée sans mur se concrétisera d’abord par des expositions temporaires. La première aura lieu cet été 2025, à Sauzet, dans le Gard.










































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Enquête photographique de Didier Dessus


Enquête photographique de Didier Dessus













Betty Anderson, 9 cuillères, avant 2008, bois. Coll. Élisabeth Klimoff & Yann Granjon.
Continuer la lecture de « Cuillères en bois »


















Archives nationales du monde du travail
[Nous reprenons ci-dessous la fiche d’inventaire des Archives nationales du monde du travail. Il existe une œuvre photographique, réalisée à partir des objets conservés. Elle appartient au Centre Georges-Pompidou. On en trouvera la description ci-dessous, à la suite de l’inventaire des Archives nationales du monde du travail.]
Continuer la lecture de « Objets de grève collectés par Jean-Luc Moulène, photographe »











Léonard Besson, Moirans (38), vers 1980, tubes et cornières soudés, molette de serrage du tube coulissant, hauteur réglable.











« Il remporte un vif succès de curiosité avec sa bicyclette volante… »
















Inscriptions. Elles sont en capitales de hauteurs différentes. Je reproduis les fautes.
Sur la boule :
VIVE LA QUILLE
Sur le renflement au-dessous, en tournant :
/.2A. 54/.2A. 54
Sur le corps de la quille, en haut, en tournant :
! LA DEVISE !
J’Y SUIS PAR HERREUR !
J’Y RESTE PAR FORCE !
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Le reste sur deux colonnes :





Né en 1953 à Marguerittes (30).
Continuer la lecture de « Gérard Montesinos »








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Né en 1947 à Moirans (38)
Continuer la lecture de « Louis Chatel »

Née en 1948 à Paris
Continuer la lecture de « F M-J »

