Léonard Besson

Entremont-le-Vieux (73), 1906 – Moirans (38), 2004

Petit fils de meunier. Le moulin était au Plan-Martin, hameau d’Entremont-le-Vieux (73) au bord du Cozon. Ses parents ayant émigré à Moirans (38) avant guerre, où le père avait trouvé un emploi de chauffagiste aux tuileries. Léonard a été élevé par sa grand-mère et une vieille tante et n’a rejoint ses parents qu’à l’âge d’être scolarisé.

Il a travaillé dès l’âge de 16 ans, et a d’abord été apprenti à l’usine textile Bickert de Moirans, spécialisée dans le velours façonné. Des cours du soir suivis à l’École nationale professionnelle de Voiron lui ont permis d’obtenir un CAP de monteur en façonné. Il a travaillé à l’usine Bickert jusqu’à sa fermeture en 1956, puis jusqu’à sa retraite à l’usine Bouton, à Voiron, où il avait fonction de rondier.

Dans les années 1930, il a pratiqué la photo. (Il développait et tirait lui-même ses clichés.)

Il jouait de l’accordéon, accompagné de sa sœur cadette qui jouait de la mandoline.

Les années du front populaire sont marquées par des vacances sur la Côte d’Azur, en moto. Fabrication d’une tente de fortune accrochée à la moto.

Pendant la guerre, il a construit un pressoir pour faire de l’huile de noix. Il a aussi fabriqué une machine pour faire des pâtes.

Il s’est marié au sortir de la guerre avec une ouvrière des mêmes usines. Il a rapidement entrepris de construire lui-même sa maison sur un terrain attenant à la maison où la famille était locataire. Il en a fait les plans et hors les murs de moellon, a tout fait lui-même. Elle n’était pas aux normes, les hauteurs de portes plus réduites, étant à sa taille ; il était petit. Les chaises dont il avait raccourci les pieds étaient à l’avenant.

En 1951, entrée dans la maison à peine finie et premières vacances en famille, à La Napoule, où l’on retournera chaque années. Léonard avait fabriqué la toile de tente qu’il avait cousue lui-même.

Il pratiquait la couture. Il avait une machine Pfaff qu’il maniait sans toucher le volant, juste avec les pédales. Il lui est arrivé de se confectionner des pantalons, ceux du commerce ayant les jambes trop longues pour lui. Quand il avait une nouvelle cravate, il en faisait le nœud (une fois pour toutes), puis la coupait derrière le cou pour y coudre des petits crochets métalliques.

Au sous-sol de la maison était son atelier. Il y avait fabriqué et installé une scie à ruban, une scie circulaire sur plateau et un tour, dotés de vieux moteurs électriques. Les clous, vis et petit matériel était rangés dans des boîtes en cartons (faites à l’usine) serrées dans des casiers de sa fabrication.

Dans les années soixante, il fera des maquettes de caravane pliante. Il construira une première caravane (pour traîner derrière une Dauphine Renault), remplacée ensuite par une seconde.

Il faisait le jardin. Il avait fabriqué des moules pour couler des bordures en ciment qu’il avait conçues avec un motif en relief. Au fond du jardin, il avait construit un cabanon, décoré de liteaux peints alternativement blancs et rouges. Il avait aussi moulé les éléments en ciment d’une pergola sur laquelle grimpaient des rosiers.

La famille habitait à l’étage et l’entrée, au pied de l’escalier de la terrasse, se faisait par un petit portillon. Il avait installé une gâche mobile pour en libérer le pêne ; elle était reliée à un câble souterrain et était commandée manuellement depuis la salle de séjour. Un cadran circulaire, coordonné avec le même système, annonçait « Sonnez », puis, quand on avait ouvert, « Entrez ».

La maison ne fut dotée d’une salle d’eau que tardivement, vers la fin des années cinquante. Il aménagea une douche rudimentaire avec une sol incomplètement décoré de carrelages, des parois en graniteau et un écoulement donnant directement dans un regard extérieur.

Dans la maison il avait installé un escalier repliable conçu ad hoc, pour monter au grenier. Il avait aussi fait un casier à chaussures qui s’escamotait dans le plafond du palier de l’escalier de descente au sous-sol.

Il était connu pour être « bricoleur ». Son voisin, professeur de math retraité faisait fréquemment appel à lui pour quelque fuite ou dépannage.

À l’usine Bickert, en raison de sa spécialité, il disposait d’un petit atelier vitré et fermé qu’il partageait avec un collègue. Il est parfois difficile de dire si certains objets conservés ont été fait à la maison ou à l’usine. Tel est ce moulin conservé, dont le corps est un cylindre carré de mécanique Jacquard.

Après 1971, une fois à la retraite, il a refait des paniers en cotes de noisetier, comme en faisait son père. Il a aussi fabriqué un rouet avec lequel il a filé de la laine de mouton écrue, qui a servi ensuite à lui confectionner une veste.

ChB